Le jour J
posté le vendredi 03 novembre 2006 15:34
Aucun gars honnête avec lui-même ne pourra me contredire. En tant que mec, ya des jours où on se sent invincible. Où on sent qu'on peut faire un gros coup sur le marché des meufs. Ce genre de matin où on se trouve un chouya moins moche qu’à l’accoutumée. C'est-à-dire une fois toutes les années bissextiles (ceci n’est qu’une moyenne évidemment). Ce genre de jours où on pourrait faire tomber un arbre, genre un séquoia vieux de 170 ans, tant notre sex-appeal est chaud comme une bouillote. Ce vendredi, c’était le cas. Le GRAND jour, sans même le savoir. Un petit coup de gel sur les tifs, une pâte à mâcher cache-misère et une chemise un brin ouverte sur le torse façon «Je danse le Mia » (mais pas trop quand même, c la pampa là-dessous). Je file à Bercy. La bise au steward à l’entrée (c mon pote maintenant, je connais même le prénom de sa mamie) et quelques poignées de mains bien poisseuses. Bref la routine quoi. La gueule encore enfarinée de la veille, je sors mon matos (n’ayez pas l’esprit tordu, je faisais juste allusion au PC portable, câble USB et tout le tralala). Une hôtesse toute zen avec des rastas m’accoste : «Vous savez qu’on serait très heureuse de vous accueillir au salon de massage, on vous a pas vu depuis le début de la semaine. Vous verrez, c très sympa». Aie, aie, aie. Calme toi ma grande et passe moi ta feuille d’inscription, je te le fais péter ton protocole. Toute la journée, ça m’a travaillé cette affaire. Les interviews, eh ben elles attendront. 16h, c'est mon tour et d’entrée j'ai compris que cété pas une blague. Pas de remise en forme à la Jugnot dans «Les Bronzés». Non là, c’était tout en finesse. La masseuse : «Entrez donc, je vais pas vous manger. Vous connaissez le massage à califourchon ?». Oulala, on se connaît ? J’aurais rien pensé de déplacé si l’hôtesse de l’accueil ne m’avait pas précisé que la masseuse avait fait le forcing pour que ce soit elle qui s’occupe de moi ! Je précise, on va croire que mes chevilles ressemblent à celles de Mister-T. Bref, j’en ai subi des massages dans ma life : à plat ventre, en équerre, en position du petit Jésus et même celle du fœtus. Mais à califourchon, jamais. Eh ben, ça vaut le coup. Un petit quart d’heure avec de la musique thaï dans les oreilles, une odeur de thé vert dans les narinettes et des mains qui vous percutent juste comme il faut. Waouhhh, c'est chaud là, vous êtes sûre que vous allez pas me manger au moins ? La séance s’achève. La masseuse, qu’on arrête plus : «Vous avez aimé ? Ne vous étonnez pas si vous êtes dans un état de plénitude totale pendant dix bonnes minutes, c'est le but. Ca change un homme, vous verrez». T'as pas un calepin que je prenne des notes ? Chui groggy là. Chez moi, on va direct à la sieste après avoir été scruté comme ça ! Tout penaud, je réintègre le clan des medias, qui lui, n’a pas manqué l’heure du petit somme. Et je lâche : «Hé les mecs, elle m’a laissé son numéro de fixe la copine de la rasta. Qui dit mieux ? Un collègue me mouche du tac au tac : «Ah ouais toi aussi ? J’ai déjà appelé, t'arrive au standard du centre de soins et c'est pas donné mon con. C'est 50 euros de l’heure !» Putain, je crois que j'ai été un peu tendre sur ce coup là. Ca change un homme qu’elle disait... Bah c'est pas grave, je savais que c’était pas une année bissextile. Enfin, j’espère parce que là, j'ai grillé mon joker.